- Avoue que tu étais consentante, hein !
- NON, je suis la victime !
- On va bien voir. Bourreau serre les lacets qui entourent les doigts de la demoiselle.
La scène se déroule à Rome en 1612 dans l’enceinte du tribunal du Pape. La femme qui est interrogée si brutalement s’appelle Artemisia Gentileschi. Elle est l’accusée mais en réalité, c’est elle la victime. Victime d’un viol une agression sexuelle commis par un certain Agostino Tassi. A cette époque, les juges pensaient que le meilleur moyen de connaître la vérité était d’infliger une grande douleur à l’accusée. Si celle-ci résistait, cela montrait que Dieu était de son côté. Artemisia, malgré la souffrance, ne flanche cède pas et son agresseur est condamné.
2. Artemisia Gentileschi est issue d’une famille d’artistes. Son père, Orazio Gentileschi, est un peintre romain très connu, disciple de Caravage. Très tôt, il repère que sa fille est douée et il la prend dans son atelier. Orazio aimerait que sa fille fréquente une vraie école d’art mais à Rome ces académies sont réservées aux hommes. Il la confie alors à un de ses amis peintre, Agostino Tassi, pour parfaire compléter son éducation artistique. On connait la suite. Ce dernier profite de la situation et agresse Artemisia. Elle sort de cette épreuve blessée mais renforcée. Elle vient de prouver une force de caractère exceptionnelle qui marquera toute son œuvre.
3. Artemisia refuse en effet d’être réduite à son malheur. Elle se marie et quitte Rome pour Florence, une ville où elle peut reconstruire sa vie loin des regards et des blessures du passé. Artemisia n’est plus seulement « la fille d’Orazio Gentileschi » : elle veut désormais être reconnue pour son propre talent. Ses tableaux deviennent alors le lieu où elle exprime toute sa force intérieure. Avec Judith décapitant Holopherne, elle va encore plus loin : Judith n’est plus une héroïne fragile, mais une femme déterminée qui agit elle-même.
4. A Florence, son talent éclate au grand jour. En 1616, elle devient la première femme admise à l’Académie du dessin de Florence, un honneur exceptionnel à une époque où les artistes femmes sont presque invisibles. Elle correspond avec des personnalités influentes et construit peu à peu sa réputation. Artemisia n’est plus une exception que l’on observe avec curiosité : elle est reconnue comme une grande artiste.
5. Après plusieurs années florentines, Artemisia revient à Rome puis voyage à travers l’Italie. En leur donnant souvent ses propres traits, elle peint des héroïnes fortes comme Cléopâtre reine d'Egypte , Lucrèce noble romaine ou Marie-Madeleine disciple de Jésus , des femmes confrontées au destin mais jamais passives. Ses œuvres séduisent les collectionneurs et les princes. Dans un monde dominé par les hommes, elle réussit à imposer son nom, à diriger son propre atelier et à vivre de son art.
6. Artemisia s’installe ensuite à Naples, l’un des grands centres artistiques européens du 17èmesiècle. Elle y travaille pour des commanditaires prestigieux, le roi d’Espagne, le roi d'Angleterre. Sa peinture devient plus lumineuse et plus ambitieuse. Elle réalise de grandes compositions religieuses et prouve qu’une femme peut rivaliser avec les meilleurs peintres de son temps.
7. L’histoire d’Artemisia Gentileschi dépasse celle d’une artiste talentueuse. C’est celle d’une femme qui transforme une épreuve terrible en une force créatrice. Longtemps oubliée après sa mort, elle est aujourd’hui considérée comme l’une des grandes figures de la peinture baroque Mouvement artistique . Comme Frida Kahlo plusieurs siècles plus tard, elle a fait de son expérience personnelle une source d’inspiration et donne une voix nouvelle aux femmes dans l’histoire de l’art.